1023 days agoDuality - En attendant
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À propos
Yulzine est un projet de collaboration débuté par des membres de yulblog. Montréal est reconnue pour sa double personalité; le projet présent, Duality, à pour but de montrer cette dualité. Il consiste en un thème annoncé aux quatre jours et pour lequel deux photographes et deux auteurs produisent chacun une photo ou un texte. Les photos sont "mixées" et les textes présentés côte à côte. Les thèmes sont gardés simples et les photographes et auteurs ont carte blanche dans leur façon de le montrer.
About
Yulzine is a collaborative project started by members of yulblog. Montréal is reknowned for it's double personality; the current project, Duality's, goal is to put forward this duality. It consists of a theme announced every four days and for which two photographers and two writers will produce a picture or text. The pictures are mixed and the texts presented side by side. The themes are kept simple and total freedom is given to the writers and photographers in the way they will show it.
by: miss.shushi and Stephanie Troeth
Sale attente
Salle d’attente. Clinique L’Actuel. Je m’appelle Jean-Marc, 30 ans, homosexuel. Je rencontre mon doc aujourd’hui pour mes résultats. J’ai pas dormi. À chaque année c’est la même chose. Je me fais refaire tous les tests une fois par an. Toujours négatifs, à date.
Ce qui est difficile à endurer, c’est l’attente. Ça prend toujours un mois de niaisage avant de prendre le rendez-vous. Il y a rien de plus tentant à remettre à la semaine d’après. Mais une fois le prélèvement fait, l’attente commence. Elle va te ronger. Petit à petit.
Tu repenses à tout ce que t’as fait dans l’année. C’est pas juste d’avoir toujours cette menace-là. Globalement, t’as pas pris trop de risques. Tu t’es protégé la plupart du temps. Ou les quelques fois où ç’a pas été possible, c’était avec des gars corrects, que tu connais. Bon, c’est vrai, il y a eu une fois, ou deux, où t’as perdu un peu le contrôle. Comment ils font les gens pour pas s’exploser sexuellement ? C’est sûr que la semaine du test, tu y penses en sacrament.
Puis t’attends. Tu dors de moins en moins. Tu manges presque plus. Avant la prise de sang, c’est facile de pas penser aux petites folies. Mais là, tu les revis chaque jour. En rétrospect, c’était pas si bon que ça. Puis t’angoisses. Les gens autour te demandent si t’es malade. Non, je souhaite juste pas l’être. On dirait que cette semaine-là à attendre les résultats passe comme un sablier qui s’écoule. Au ralenti. Chaque minute passe lentement. T’attends, t’attends. La vie est suspendue, pour savoir si elle va continuer.
Maudit que je me trouve niaiseux. Pourquoi je me soumets à ça. Faudrait juste un peu de retenue. Contrôle. Le prix que je paie, c’est ce risque-là. À chaque année je me dis que ça vaut pas la peine. Puis l’autre prix, c’est l’angoisse. L’attente. Je suis plus capable.
Qu’est-ce que je ferais ? Bon, c’est plus mortel comme avant, en tout cas pas aussi vite. Mais ta vie prend une sacrée claque. Les médicaments. La grande discussion avec chaque gars que tu rencontres. Non, j’espère, j’espère.
Ça vas-tu être mon tour bientôt ? Qu’est-ce qui niaisent ? J’en peux plus d’attendre.
Comment [1]
Le métro ou Godot
Je suis du genre patient. Mes amis le savent. Donnez-moi rendez-vous et je vous attendrai à la sortie du métro, tel que convenu. Une heure de retard ? Je serai simplement content de vous voir finalement arriver. Pas de gros yeux, pas de crise ou de colère.
Dans ma vie dont l’horaire est souvent réglé au quart de tour, où les quelques moments libres sont passés à culpabiliser sur toutes ces choses à faire que je remets à plus tard, attendre constitue une occasion privilégiée pour réfléchir, sourire et observer.
Un moment avec moi-même. Rien d’autre à faire que d’être là et d’attendre.
Certes, on peut tricher. Un café, une cigarette ou pire encore, un livre.
C’est en attendant l’autobus près d’une belle fille que j’ai construit, dans ma tête, les plus belles conversations.
C’est en attendant Karine, devant l’UQAM, que j’ai rencontré les personnages les plus insolites. Comme ce bassiste d’un groupe hardcore irlandais en visite à Montréal, encore traumatisé par son excursion accidentelle dans le village. Trois dents manquantes et des tatouages au visage, bien sûr que tu peux avoir une cigarette, mon ami.
Attendre, c’est être forcé à ne rien faire et à rester sur place, captif et témoin de tout ce qui peut se passer à cet endroit précis. Un couple nouvellement formé qui s’embrasse, un gamin qui court après un écureuil, les policiers qui emmerdent les punks qui n’avaient rien fait de mal, quelqu’un qui regarde sa montre toutes les 2 minutes, coincé dans la même situation que toi.
Mais bon, le paysage montréalais n’est pas toujours si bucolique. Quand tu es seul, un soir de fin de semaine, sur un quai de métro sur la ligne bleue, il ne se passe pas grand-chose.
C’est pour ça que je garde toujours le dernier numéro de Harper’s au fond de mon sac.
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